Arnaud Mevel Kinésithérapeute logo

10 conseils pour gérer une bronchiolite à domicile

Sommaire

Introduction

La bronchiolite, une infection respiratoire (virale dans la grande majorité des cas !) courante chez les enfants de moins de 24 mois, peut rapidement devenir source d’inquiétude pour les parents. Fort heureusement, la plupart des cas peuvent être gérés à domicile avec des soins appropriés. Attention, ces conseils ne sont d’application que dans la mesure où la bronchiolite est à un stade de gravité léger ou modéré – ce qui doit être confirmé par un médecin.

Voici 10 conseils basés sur mon expérience de kinésithérapeute pour aider votre enfant à traverser cette période difficile.

Conseil 1 : mouchage régulier au sérum physiologique

un bébé respire principalement par le nez ; son encombrement peut donc rapidement devenir une source de fatigue respiratoire importante. Utilisez un spray de sérum physiologique pour lui nettoyer le nez en plaçant sa tête sur le côté.  Si vous n’êtes pas sûr de la manière de procéder, n’hésitez pas à demander une démonstration à votre kinésithérapeute ou pédiatre.

Positionnez le bébé sur le dos, et maintenez délicatement sa tête sur le côté. Placez ensuite la pointe du capuchon dans la narine supérieure de l’enfant en prenant garde de ne pas blesser les parois nasales, particulièrement fragiles à cet âge. Pulvérisez ensuite pendant 5 secondes (oui, c’est long !), essuyez l’exédent, puis répétez l’opération de l’autre côté.

Il n’existe pas de recommandations officielles concernant le nombre optimal de mouchages quotidiens. Un bon point de départ est de le réaliser 2 à 3 fois par jour. Nettoyez ensuite le capuchon à l’eau tiède avant de le laisser sécher à l’air libre.

Conseil 2 : la technique du reniflement

Cette technique consiste à faire renifler du sérum physiologique au bébé, afin de vider les cavités sinusales dont les cils sont orientés en contre-sens (vers l’arrière). Cela signifie que lors du mouchage « par l’avant », les sinus ont tendance à se boucher. Cela est d’ailleurs également vrai chez l’adulte, ce qui explique notamment pourquoi le mouchage répété peut finir par donner mal à la tête et une sensation d’avoir le visage gonflé.

L’autre intérêt de cette technique est de baigner les sécrétions collées dans l’arrière-gorge du bébé. En effet, le mouchage traditionnel sur le côté (également nécessaire pour vider le nez en lui-même) ne permet pas d’atteindre l’oro-pharynx.

Cette technique est difficile à tolérer pour l’enfant, ce qui la rend délicate à appliquer. Pour ces raisons, je vous recommande vivement de l’apprendre avec un professionnel de santé au préalable avant de la reproduire à la maison. Une fois cela fait, utilisez le paragraphe suivant comme aide-mémoire.

Placez bébé sur le dos, et maintenez sa tête légèrement en arrière afin d’aligner le méat de l’oreille avec les narines (cette étape sera idéalement réalisée par une seconde personne, à deux mains autour des oreilles). Instillez ensuite un peu de sérum physiologique dans une narine, puis poussez délicatement sur la base de la langue pour forcer le reniflement. (Vous pouvez également opter de mettre une tutute et de la recouvrir d’une main.) Idéalement, vous devriez l’entendre renifler. Répétez ensuite l’opération dans l’autre narine, puis reprenez bébé dans vos bras pour le rassurer.

Conseil 3 : savoir quand et qui consulter

 Il est parfois difficile de savoir comment réagir face aux aléas d’une bronchiolite, dont les signes sont parfois impressionnants. Voici quelques méthodes que vous pouvez utiliser pour vous rassurer ou, au contraire, vous pousser à consulter.

Observez d’abord la respiration : votre enfant présente-t-il des signes de tirage respiratoire, c’est-à-dire des signes de lutte pour respirer ? Cela se traduit, en pratique, par la contraction de petits muscles entre les côtes (sur les côtés) à chaque inspiration, ou encore par une contraction des tendons à la base du cou, au-dessus du sternum. Demandez à votre kinésithérapeute ou médecin de vous expliquer comment le détecter. Un autre signe de gravité est le battement des ailes du nez du bébé.

Ensuite, utilisez le score de Wang, un rapide questionnaire utilisé par les médecins et les kinés pour déterminer le stade de gravité d’une bronchiolite. Vous trouverez un calculateur ici. De nouveau, demandez à votre kinésithérapeute ou médecin de vous l’expliquer une première fois ; les études ont montré la fiabilité de ce score même lorsqu’il est réalisé par les parents une fois qu’il est compris. Si le score se dégrade ou s’il renvoie le score « Sévère », consultez un médecin. Si votre enfant est suivi chez moi, vous pouvez également m’appeler (et me laisser un message vocal impérativement si c’est en horaire de garde).

Si vous êtes très inquiet par l’évolution de l’état de santé de votre enfant et qu’aucun médecin n’est immédiatement joignable pour vous conseiller, ne tergiversez pas et appelez le 112. L’instinct parental est parfois plus fiable que les scores cliniques et l’observation de signes que l’on ne connaît pas forcément en tant que parent.

Conseil 4 : jouer, bouger, rigoler

Incitez votre enfant à jouer et à bouger afin de stimuler sa ventilation pulmonaire, ce qui constitue une excellente méthode de désencombrement des petites voies aériennes. Si les sécrétions remontent, bébé pourrait tousser un peu plus en jouant, ce qui n’est pas une mauvaise chose pour autant que la toux soit grasse et productive.

Cela vous permet également de monitorer son niveau d’activité : un bébé qui ne bouge quasiment plus est un signe de gravité évident dans le cadre de la bronchiolite aiguë virale.

Conseil 5 : éviter les positions de reflux

Ne couchez pas votre enfant à plat sur le dos . Organisez le support de telle manière à assurer une position inclinée à environ 30° afin de réduire les risques de reflux, un problème courant pendant la bronchiolite.

Ce conseil ne s’applique pas pendant la durée du mouchage.

Conseil 6 : surveillance de l’hydratation

Assurez-vous que votre enfant boit suffisamment de liquides. Si l’alimentation a diminué, essayez de calculer la fraction alimentaire par rapport à avant l’épisode de bronchiolite. Vous pourrez communiquer cette information à votre kinésithérapeute et/ou à votre médecin. 

Cela vous permettra également de constater l’évolution de son état de santé. En effet, l’alimentation est, avec l’activité, l’un des meilleurs signes cliniques pour caractériser l’évolution favorable ou défavorable de la bronchiolite – pour autant qu’il soit quantifié de manière consciente.

Conseil 7 : éviction des polluants atmosphériques

Les enfants atteints de bronchiolite doivent être tenus à l’écart de la fumée de tabac et des polluants atmosphériques, qui peuvent drastiquement aggraver les symptômes respiratoires.

Ce conseil vaut également pour toutes les particules aérosolisées : huiles essentielles (toutes !), désodorisants, encens, bougies, et même le sérum physiologique. Ce sont tous des irritants bronchiques, et d’autant plus pour des petits poumons en développement.

Ce conseil est peut-être le plus important de tous si ces mesures ne sont pas encore appliquées dans votre foyer.

Conseil 8 : hygiène des mains et limitation des contacts

La bronchiolite étant contagieuse, le lavage fréquent des mains est crucial pour prévenir la propagation de l’infection à d‘autres membres de la famille. En outre, il convient d’éviter la surinfection du bébé qui se bat déjà ardemment sur le plan immunitaire.

Même si c’est votre enfant, lavez-vous les mains avant de le manipuler ou de le moucher. N’oubliez pas non plus de vous laver les mains lorsque vous rentrez chez vous.

Finalement, limitez au maximum les visites à domicile, et essayez de séparer les frères et soeurs éventuels de la pièce de couchage du bébé malade.

Conseil 9 : attention à l’automédication

La bronchiolite du nourrisson est majoritairement d’origine virale. A moins que votre médecin vous l’ait prescrit, proscrivez l’usage d’antibiotiques auto-administrés : ils ne seront d’aucun secours, alors que leurs effets délétères sont, eux, bien connus.

Evitez également d’administrer des aérosols de votre propre chef ; ceux-ci ne sont pas toujours recommandable. Même les aérosols constitués uniquement de sérum physiologique peuvent paradoxalement encombrer les voies respiratoires basses de votre bébé si son usage est trop fréquent. Par ailleurs, ils deviennent rapidement un irritant bronchique, contrairement à ce que l’on pourrait penser. N’utilisez donc pas les aérosols d’eau salée pour « hydrater » les bronches, vous risqueriez d’obtenir l’effet inverse !

Enfin, ne donnez pas de produits à base de cortisone à votre enfant. C’est formellement contre-indiqué à cet âge-là. Seule une indication médicale réfléchie devrait justifier son usage.

En définitive, respectez les consignes de votre médecin et n’essayez pas d’intervenir plus ; le mieux est souvent l’ennemi du bien dans les pathologies respiratoires virales de l’enfant. Si vous n’avez pas reçu de prescription de médicaments, il y a certainement de très bonnes raisons à cela. 

Si un traitement (par aérosol en particulier) vous a été recommandé, clarifiez clairement la posologie avec votre médecin avant de quitter sa consultation ! Je vois parfois des parents continuer des aérosols plusieurs semaines après le début du traitement. Ce n’est pas normal dans le cadre d’une bronchiolite légère à modérée.

Conseil 10 : apprendre le drainage autogène assisté

Ce dernier conseil consiste à demander à votre kinésithérapeute spécialisé de vous enseigner la méthode dite du « drainage autogène assisté », une technique lente et douce très bien tolérée même par les nourrissons, qui permet une toilette bronchique. Cette technique est à la fois basée sur de la littérature scientifique fiable, et facile à appliquer à la maison.

Bien qu’il ne soit pas la norme d’enseigner cette technique à d’autres publics que les kinésithérapeutes, elle est pourtant simple à appliquer et très efficace pour faire remonter les sécrétions dans l’arbre bronchique. J’encourage d’ailleurs toujours mes collègues à adopter cette stratégie pédagogique afin de prolonger les effets de la séance à domicile.

 

Conclusion

En suivant ces conseils et en restant attentif aux besoins de votre enfant, vous pouvez contribuer à atténuer les symptômes de la bronchiolite et à favoriser une guérison rapide. N’oubliez pas que si les symptômes s’aggravent ou si vous avez des inquiétudes, il est important de consulter un professionnel de santé compétent (voir conseil 3). Finalement, aucun de ces conseils ne peut remplacer une consultation médicale ; l’objectif de cet article est d’accompagner les traitements mis en place par votre médecin.

Ces conseils s’inscrivent également dans ma vision de la kinésithérapie, qui consiste à prendre le temps de vous rendre autonomes en tant que parents afin de limiter le nombre de consultations nécessaires à l’amélioration des symptômes, et d’éviter de vous rendre dépendants de thérapies parfois difficile d’accès. C’est un de mes engagements pris suite à mon déconventionnement.

Une question ? Consultez la page de contact pour me la poser.

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

en_USEnglish